[FOCUS SMART CITY] Dijon, première smart city française

  La ville intelligente est sans doute l’une des facettes les plus visibles du développement de l’Internet des objets. L’intégration des nouvelles technologies dans toutes les infrastructures de la ville doit permettre l’optimisation des processus de gestion de ses divers aspects. De nombreux projets existent de par le monde, mais l’Europe reste en retrait en comparaison, par exemple, de l’Asie. En France, néanmoins, plusieurs villes cherchent à intégrer ces technologies intelligentes. Parmi elles, Dijon s’annonce comme l’une des plus ambitieuses, et des plus avancées à l’heure actuelle.

Des avancées déjà en place

  La métropole dijonnaise, qui regroupe 24 communes et 256 000 habitants, a déjà concrétisé plusieurs solutions pour se faire une place parmi les smart city françaises. Sous l’égide du président de la métropole François Rebsamen, l’éclairage public est dès à présent intelligent puisqu’il adapte sa luminosité en fonction de l’heure et du nombre de piétons présents dans la rue. Les feux tricolores sont également connectés, grâce à l’entreprise Keolis, pour laisser la priorité aux bus et ainsi améliorer la fluidité de leurs trajets. Dans le secteur des transports toujours, la métropole a équipé 400 de ses véhicules de fonction d’un système de géolocalisation. Par ailleurs, le centre-ville de Dijon a été pourvu de bornes actionnables à distance pour en limiter l’accès à certains véhicules seulement, de manière à protéger les quartiers anciens. Enfin, Suez a déjà installé, chez des personnes âgées volontaires, des compteurs d’eau équipés d’un système d’alerte : si aucun robinet n’est ouvert en l’espace de plusieurs heures, une notification est envoyée aux proches.

Un poste de pilotage unique

  Mais la métropole de Dijon ne compte pas s’arrêter là. Elle a lancé un appel d’offres dont les résultats ont été dévoilés début septembre 2017. Avec un budget de 105 millions d’euros, le projet de ville intelligente va être piloté par Bouygues et Citelum, une filiale d’EDF, et travaillera en collaboration avec Cap Gemini pour la partie logicielle. L’objectif est clair : faire de Dijon la première smart city de France, voire d’Europe, comme l’indique François Rebsamen, ce que confirme Martin Bouygues, qui a fait le déplacement pour le lancement du programme : « Jusqu’à présent, ce type d’initiative n’avait porté que sur des quartiers ou sur des zones. Nous allons réaliser la première smart city française ».

  Pour se faire, la ville ambitionne de créer un centre de pilotage unique, qui devrait être opérationnel d’ici fin 2018, et qui viendra remplacer les 6 postes sectoriels actuellement en place : le PC sécurité, le centre de la police municipale, le centre de supervision urbaine, le PC circulation, le service d’e-administration Allô Mairie et le PC neige. Ce centre de contrôle centralisé permettra de piloter les différents services de la ville, comme la police, la voirie ou la collecte des déchets, et de leur assigner des tâches en temps réel. Pour se faire, il récoltera et analysera les données récoltées au travers des milliers de capteurs, caméras ou véhicules géolocalisés. Tous ces objets connectés, disséminés dans Dijon et ses alentours, fourniront une masse d’information qui permettra une prise de décision optimisée : état du trafic, qualité de l’air, accidents, places de stationnement disponibles, incendies, manifestations, etc.

De nouveaux équipements

  En plus de ce poste de contrôle unique, la mairie va rénover une partie de l’équipement municipal. 34 000 lampadaires (soit 93 % du total existant) seront remplacés par des versions LED, moins énergivores. Ce chantier devrait permettre de réaliser, à terme, 65 % d’économie d’énergie. Par ailleurs, 269 caméras seront changées. Pour moderniser l’infrastructure de la ville, 140 km de fibre optique seront déployés pour relier les différents points du réseau, mais également pour fournir l’Internet très haut débit aux habitants des 24 communes d’ici 4 ans. Les capteurs qui seront installés dans la ville pour permettre la récolte des données fonctionneront sur le réseau LoRa, un protocole bas débit et longue portée particulièrement adaptée à l’Internet des objets.  Avec ce contrat, conclu pour une période de 12 ans, ce sont 45 emplois directs qui devraient être créés, donc la moitié sur place.

Open Data et implication des habitants

  Pour que le système soit concrètement bénéfique aux habitants de la métropole, une application pour smartphone sera mise à leur disposition. Elle permettra, par exemple, de recevoir en temps réel des informations sur le trafic, de signaler un accident ou de trouver facilement une place de stationnement libre. Le président de la métropole assure que « les habitants gagneront en sécurité et en rapidité pour leurs déplacements, et pourront accéder de manière simplifiée à toutes leurs démarches auprès des services publics ». Les citoyens sont donc mis à contribution pour générer des données pertinentes, mais obtiendront en retour un service pour les assister au quotidien.

  Par ailleurs, la politique vis-à-vis des données est claire, puisque la mairie a choisi l’Open Data, c’est à dire la mise à disposition de l’intégralité des données, après anonymisation. Des entreprises tierces pourront donc s’en servir pour développer de nouveaux services, même si le faible nombre d’habitants empêche de croire à une véritable nouvelle économie. Dijon souhaite, en tous cas, créer des lieux spécifiques, comme des incubateurs ou des fab labs, pour encourager l’innovation. Christophe Bonnard, PDG de Cap Gemini, indique ainsi que « jamais une ville n’a ainsi pensé à sécuriser le fait qu’elle resterait propriétaire de ses données et n’a adopté une position aussi claire sur le fait qu’elle fonctionnerait en open data ».

Conclusion

  La métropole dijonnaise a donc l’ambition de devenir la première smart city de France, et a débloqué un budget conséquent pour y arriver. En s’entourant d’acteurs reconnus, elle fait preuve d’une réelle motivation pour mettre en place un ensemble de solutions connectées. La ville entière est ainsi en passe de devenir un immense laboratoire à nouvelles technologies, dont le but affiché est d’optimiser les processus et la gestion des ressources humaines, énergétiques ou financières. Il importe néanmoins de veiller à ce que la vie privée des habitants soit garantie, au risque de leur donner le sentiment d’être constamment épiés par les capteurs dispersés dans la ville. La sécurité doit également être assurée afin de ne pas voir les équipements tomber aux mains d’attaquants, qui pourraient alors causer d’importants dégâts vu la criticité des installations pilotées par ces systèmes informatiques. Cette sécurité est assurée par Capgemini, dont le directeur affirme : « nous nous basons sur des technologies open source pour nos logiciels et nous sommes particulièrement vigilants sur les questions de cybersécurité, physique comme logique ». Si les décisions sont majoritairement automatisées, la prise en main par un opérateur sera possible à tout moment. Il indique, en outre, qu’en cas de grave accident, «  la continuité des services et la sécurité des données seront assurées par un poste de secours qui pourra prendre le relais du centre de contrôle ». Gageons que ces mesures seront optimales.