[FOCUS SMART CITY] Dubai, une ville connectée dans le désert

    Si Dubaï séduit les touristes étrangers, c’est le plus souvent pour ses projets immobiliers pharaoniques tels que le Burj Khalifa, le plus haut building du monde (828 mètres) ou encore ses extravagances comme la Palm Jumeirah, un archipel en forme de palmier complètement artificiel. Pourtant, lors de l’édition 2016 du Gulf Information Technology Exhibition (Gitex), l’un des principaux salons sur les nouvelles technologies, Dubaï promouvait une toute autre facette de l’Émirat : la smart city. Avec le programme Smart Dubaï, l’émirat du Golfe Persique ne veut pas se contenter du statut de leader régional, mais bel et bien, se donner l’ambition de devenir « la ville la plus intelligente » du monde d’ici à 2020.  Cet objectif s’inscrit dans la volonté politique de Dubaï de rester attractive dans un contexte de concurrence accrue avec les villes voisines tout en répondant à une forte pression démographique (la population a été multiplié par 5 en l’espace de 10 ans) et à une surexploitation de ressources hydriques compte tenu de sa situation géographique. Par ailleurs, les réserves de pétrole de Dubaï sont relativement faibles. La ville a donc dû très tôt planifier la diversification de son économie à travers le tourisme, la finance, l’immobilier ou encore les divertissements.

Des investissements conséquents dans les nouvelles technologies

    Dès le début des années 2000, sous l’impulsion du sheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum, Dubaï s’est lancée dans la construction d’une ville intelligente, ultra-connectée où les nouvelles technologies permettent d’améliorer l’efficacité des services publics. Pour accélérer l’application de sa nouvelle stratégie numérique, le gouvernement de l’Emirat a créé la Smart Dubai Government Establishment à la fin de l’année 2015. Cette structure coordonne les politiques de digitalisation des différents secteurs et propose de nouvelles initiatives. Le gouvernement de Dubaï prévoit 7 à 8 milliards de dollars  pour s’équiper de solutions connectées. En 12 ans, la stratégie de ville intelligente de Dubaï aurait déjà permis d’économiser en moyenne 97,5 millions de dollars annuels grâce aux gains d’efficience des services publics et les actions mises en place par le Smart Dubaï Government.

Un panel d’innovations technologiques

    Depuis le mois d’avril 2015, Dubaï a déjà lancé de nombreux projets de smart city. Le WiFi est désormais disponible gratuitement dans les parcs, les autobus ou les taxis. À ce titre, des centaines de « smart palm » ont été plantés dans les endroits les plus fréquentés de Dubaï afin de permettre aux visiteurs de la ville d’accéder à Internet gratuitement. De plus, d’ici 2020, plus de 5000 hotspots WiFi vont être mis en place. Côté application mobile, les  Dubaïotes peuvent accéder à des services publics en ligne ou connaître en temps réel l’état du trafic routier.  Dubaï investit également dans des systèmes intelligents de transports avec des capteurs de trafic,  des applications permettant d’être alerter en temps réel sur le trafic routier et  le développement de véhicules intelligents tels que la mise en service à l’été prochain de drones taxis ! De plus, des abris bus connectés donneront des informations complètes en temps réel sur leurs localisations des bus, leurs trajets, l nombre de places restantes, l’heure d’arrivée, grâce à une application smartphone  ou des panneaux dans les abris bus.

    L’Émirat de Dubai se veut également environmental-friendly. Le gouvernement souhaite ainsi encourager l’utilisation de véhicules électriques en multipliant les aires de recharge dans la ville. Parmi l’arsenal de mesures annoncé, on notera également le développement des panneaux solaires   et des compteurs électriques connectés et intelligents pour une gestion optimisée de la consommation. Alors qu’Amazon annonce des livraisons par drone à titre expérimental dans un délai de 4 à 5 ans, le gouvernement de Dubaï promet la délivrance de documents officiels (carte d’identité, permis de conduire…) par aéronef automatisé à moyen terme. Parallèlement, tous les services administratifs sont appelés à être disponibles en ligne et sur smartphones, au sein d’une plateforme e-gouvernement. Dans le domaine de la sécurité, les policiers pourront disposer de la technologie Google Glass afin de créer la police la plus intelligente du monde d’ici 2018.  Autre innovation étonnante, la mise en place de robots policiers à moyen terme. Ce robot serait prêt à patrouiller dans les rues de Dubaï à l’horizon 2020, année de l’exposition universelle qui s’y tiendra.

Le projet Silicon Park, pilier de la smart city Dubaïote

   Dubai Silicon Oasis Authority (DSOA) a lancé un projet intégré de ville intelligente, d’une valeur de 1 milliard de Dhs en 2014. Le projet sera construit dans le quartier Dubai Silicon Oasis et s’étendra sur une superficie de 150 000 mètres carrés. Le projet du parc Silicon comprend 97 000 mètres carrés de bureaux, 25 000 mètres carrés d’espace commercial et environ 20 000 mètres carrés d’espace résidentiel, ainsi qu’un hôtel d’affaires de 115 pièces.  En outre, les véhicules électriques et les vélos rechargeables intelligents seront le principal moyen de transport dans le parc technologique. Un certain nombre de stations de recharge pour les véhicules électriques seront également installés  et seront facilement accessibles aux visiteurs et aux résidents. Silicon Park se caractérise par ses bâtiments surmontés de toits verts, qui comprendront des plantes et des arbres qui nécessitent une irrigation minimale et utilisent la lumière directe du soleil sur les bâtiments. Ce projet de quartier intelligent mettra aussi en œuvre des technologies de pointe pour améliorer la gestion de l’eau afin de minimiser l’impact écologique. Le  quartier disposera également de bornes de chargement pour les appareils intelligents.

Conclusion

    Les projets de smart city développés par Dubaï méritent l’attention. Si les contraintes de mise en œuvre ne sont pas les mêmes en Europe et dans l’Émirat (moyens alloués, vitesse de mise en œuvre des choix politiques, modernisation des infrastructures déjà existantes, etc.), des réalisations peuvent inspirer nos élus, en particulier les services publics en ligne et les initiatives d’e-gouvernement. Améliorer l’efficience des services publics sera certes toujours plus aisé dans une ville nouvelle et « digital native » comme l’est Dubaï, mais cela doit rester un objectif majeur pour nos villes européennes. Néanmoins, l’ébullition technologique générée par la course à l’innovation dans le domaine des smart cities, gage de compétitivité et de développement économique et environnemental, n’est pas sans rappeler les risques cyber auxquels sont confrontés les Émirats Arabes Unis et plus globalement, le Moyen-Orient.

    Selon un rapport de Symantec publié en 2015, plus de 2 millions d’habitants dans les Émirats Arabes Unis ont été victime d’un acte de cybercriminalité.  En 2012, 46% des utilisateurs de réseaux sociaux dans le pays ont subi de la cybercriminalité sur les plateformes des réseaux sociaux. Les attaques de phishing et les ransomwares sont devenues monnaie courantes. De nombreuses entreprises, notamment  dans le secteur pétrolier, ont subi des cyberattaques comme en 2012 avec l’affaire Saudi Aramco. Compte tenu de la situation géopolitique du Moyen-Orient, les villes des EAU ne sont pas à l’abri d’être l’objet de cyberattaques comme en témoigne les derniers rapports de cabinets de conseils spécialisés. L’avenir nous dira si la cybercriminalité représentera un véritable frein à l’émancipation de la ville intelligente ou si celle-ci, par les ressources technologiques qu’elle disposera, permettra de lutter efficacement contre les actes de cybercriminalité via l’établissement d’un CERT dédié à la smart city.