[FOCUS SMART CITY] Oslo : Smart City connectée et écologique

        Si la Norvège a été élue « pays le plus numérisé » par l’Institut finlandais Etla, c’est que la connectivité représente l’un des enjeux majeurs et essentiel pour le marché des Smart Cities. Au travers de villes qui possèdent une stratégie de « Ville connectée » à l’image de Baerum (IT-strategi, Smart IT 2014-2020), d’Oslo (Smart Oslo Strategy), de Stavanger (IKT-strategi 2014-2017 basée sur une stratégie digitale à long terme 2014-2029) et de Trondheim (Temaplan : IKT 2015-2018), la Norvège est le parfait exemple de pays qui se lance sur le nouveau marché des villes connectées. La ville d’Oslo regroupe toutes les caractéristiques d’une ville connectée, intelligente et écologique et s’impose comme leader dans le domaine. Oslo catalyse tous les prérequis d’une smart city, qu’ils s’agissent d’un développement de réseau, des services aux citoyens, de la gestion de l’énergie ou de l’expansion de l’OpenData.

En 2016, l’organisme Juniper Research a placé la ville d’Oslo, 5ème de son classement des villes les plus représentatives des smart cities. Ce dernier correspond à l’évolution de l’évaluation des smart cities et de la capacité de transformation des villes. Selon certaines caractéristiques, la ville d’Oslo est entrée dans ce classement notamment grâce à ces actions en termes d’éclairage public, d’usages des transports et au nouveau projet d’aéroport urbain. Véritable innovatrice en terme d’environnement, d’urbanisme et de transports, Oslo est devenue l’une des smart cities les plus inspirantes d’Europe.

Smart Oslo : Vers une transition écologique autour de l’Internet des Objets

    Cette ville à taille humaine qui compte environ 660 000 habitants prévoyait déjà qu’en 2020, plus aucune voiture ne circulerait dans Oslo. Ce projet ambitieux – toujours en cours – est en voie de devenir un modèle en terme d’écosystème des transports en Europe. Dans ce pays où 96% de la population électrique est d’origine hydraulique (2,5% issu des centrales thermiques et 1,7% issu des champs d’éoliennes), Oslo affiche clairement son intention de réduire les émissions de gaz à effet de serre en proposant de nouvelles alternatives de par le transport, l’urbanisme et les services publics. Avec ces divers projets pour une ville intelligente tournée vers l’écologie, comme le test de systèmes de navettes autonomes et électriques, Oslo a été élue « Capitale verte de l’Europe pour 2019 ». De plus, la ville a organisé des concours à l’image du « Smart Mobility Hackaton » qui récompense les startups innovantes dans la proposition d’offres de transports publics. Les projets de smart city s’articulent le plus souvent autour de la mise en place de capteurs intelligents au sein des villes. La capitale norvégienne a mis en place le projet E-Street qui permet « d’ajuster l’éclairage urbain grâce à des capteurs intelligents » et de moduler l’intensité lumineuse en fonction des besoins saisonniers et d’activité. Le projet E-street met donc en place des capteurs performants et économiques et se donne pour but de mettre fin au gaspillage énergétique. Les 20 000 lampadaires intelligents que compte à présent Oslo ont permis des économies d’énergies à hauteur de 70%.

     La Commission européenne a octroyé 225 000 euros à la ville d’Oslo pour un projet sur les solutions de transport durable par le biais des marchés publics. Ces fonds seront en partie destinés à modifier la mobilité de la ville lors de la transition vers des véhicules à zéro émission « par l’acquisition de services de transport et la fourniture de biens et de services ». De plus, des projets usant de technologie ne cessent de fleurir dans la capitale norvégienne. La ville a un projet pilote pour « démontrer le potentiel d’utilisation de la technologie dans un contexte de ville intelligente ». Ce prototype a donc pour but de visualiser des données climatiques et environnementales comme le comptage de vélos ou l’utilisation de stations de recharge pour les véhicules électriques notamment. Les données sont affichées en temps réel dans le « dashboard climatique », analysées puis combinées avec des données météorologiques. Ainsi, il est possible de présenter « des données prédites basées sur un apprentissage automatique ». Ce projet a finalement pour but d’accompagner la transition écologique de la ville à l’aide de TIC en montrant les tendances de changements climatiques à l’aide de statistiques. Cet outil de gestion et de visualisation se destine principalement à des villes intelligentes désireuses d’utiliser la technologie pour établir une meilleure transition écologique.

     La ville compte également un éco-quartier : Vulkan. Au cœur d’Oslo, cette zone de 4,6 hectares propose des lieux de vie, des habitations et infrastructures. Vulkan possède donc son propre système de chauffage central qui « fonctionne en parallèle du réseau de chauffage urbain de la ville ». Sa capacité de production annuelle s’élève à 6 GWh et se situe dans le sous-sol d’un marché couvert. Ce système produit de l’énergie (sous forme d’eau froide) nécessaire pour alimenter les réfrigérateurs et chambres froides des restaurateurs du marché. La chaleur produite est donc récupérée puis redistribuée « à l’ensemble du quartier sous forme d’eau chaude ». Enfin, six voitures électriques sont mises à disposition des usagers en permanence. Ces derniers peuvent être réservés via une application disponible sur un smartphone.

Quelle stratégie pour un nouvel écosystème des transports en communs ?

     La problématique des transports en communs vient se confronter à celle d’une smart city se voulant « écologique ». Pour ce faire, la ville d’Oslo a signifié la volonté de vouloir supprimer l’usage de la voiture en ville à l’instar de transports en communs plus développés. Prévu pour cette année 2019, ce projet ambitieux a pour but de réduire les 60 % d’émissions de gaz à effet de serre provenant du secteur du transport dans la capitale norvégienne. En 2016, le secteur représentait 18,6% des émissions de gaz à effet de serre totales à l’échelle nationale. Dans ce contexte et dans un élan écologique, Oslo a vu dans le développement des transports en communs – à travers les technologies de l’information et de la communication – un enjeu majeur. La ville s’est donc donnée comme objectif « d’abandonner la notion de transport public pour se lancer dans la mobilité comme service » à travers la figure d’Endre Angelvik, le vice-président chargé des services de mobilité de Ruter, l’autorité du transport public de la région d’Oslo. Cette dernière a pour but de développer et gérer la croissance des transports publics, de la marche et du vélo sans oublier la volonté de réduire considérablement l’utilisation des voitures. Le concept de mobilité en tant que service (MAAS : Mobility as a service) introduite par Ruter repose sur quatre tendances dans une ville intelligente : l’urbanisation, le développement durable, la digitalisation et l’individualisation, le point fort de la voiture.

     Le MAAS ou « mobilité combinée » consiste en l’amélioration des problèmes de transports et la prise en charge des problèmes logistiques notamment. Ainsi, la digitalisation permet « d’intégrer les différents modes de transports ». La ville a testé une expérience déjà réalisée en Suède par la startup Ubigo. 80 foyers n’ont pas utilisé leur véhicule personnel pendant six mois en échange d’un abonnement comprenant tous types de mobilité et un paiement forfaitaire, comprenant une location d’une voiture. Cette expérience s’est menée à bien avec un résultat 100% positif. Le MAAS implique notamment un fonctionnement parfait des transports en commun. Enfin, une application « RuterBillet » a notamment été mise en place afin de planifier des itinéraires et d’acheter des billets, de manière électronique, rendant caduque les tickets papiers.

     Si les transports en commun se présentent comme une alternative aux véhicules personnels et polluants, les voitures connectées sans chauffeur sont également vues comme un nouveau moyen de transport. Avec l’aide de Navya et d’EasyMile, deux entreprises françaises fournisseurs de navettes, Ruter travaille sur la constitution d’une flotte de véhicules connectés. Ruter a rajouté que « des simulations réalisées pour Lisbonne par l’International Transport Forum de l’OCDE montrent que le recours à des véhicules autonomes et partagés, combiné à un bon réseau de métro, pourrait entraîner la disparition de 90 % des voitures en circulation sans affecter la mobilité ».

      La gestion des transports est au cœur de la transformation d’une ville en smart city. C’est à ce titre, qu’Oslo va devenir la première ville à proposer aux taxis électriques une recharge sans fil. Véhiculant un véritable exemple pour les autres villes du monde entier, la capitale met en avant « la technologie par induction pour permettre aux taxis de se recharger ». Cette nouvelle technologie est le résultat de l’alliance entre « Fortum, une société travaillant dans les énergies propres, la capitale de la Norvège, Oslo et la société américaine Momentum Dynamics travaillant dans les chargeurs sans fil pour les véhicules électriques ». Ces derniers se sont associés pour travailler sur un système de chargement rapide et sans fil. Cette technologie est une solution économique, ainsi, « des plaques de chargement seront ainsi installées au sol et pourront être reliées aux récepteurs du véhicule ». Ces plaques pallieront à l’utilisation trop lente des bornes de recharge fonctionnant avec des câbles. Cette initiative a donc pour but de réduire le temps d’attente des taxis, de faciliter la charge et à terme (objectif 2023) que les taxis de la ville soient sans émissions. Notons qu’en 2018, « 1/3 des voitures vendues en Norvège étaient des électriques ». Cette solution s’invite donc dans un projet écologique global.

Oslo Airport City : Une ville intelligente et connectée ex-nihilo

     La Norvège sera bientôt le pays qui abritera la ville la plus durable au monde : l’Oslo Airport City. Le pays nordique se prépare à lancer les travaux de construction d’une ville moderne, connectée, écologique et autonome sous la supervision du nippon Panasonic. La Norvège n’a désormais plus rien à envier à sa voisine la Suède en matière d’écologie, alors que cette dernière rachète les déchets des pays limitrophes pour produire du courant électrique, ensuite redistribué aux populations à moindre coût. La Norvège sera donc le premier pays européen à construire une ville ambitionnant le fait de devenir « la plus intelligente au monde ». Cette ville se situera aux abords de l’aéroport international d’Oslo et s’étendra sur une superficie de quatre millions de kilomètres carrés. Cette aire urbaine s’appuiera sur les TIC et sera entièrement respectueuse de l’environnement en termes de construction. Les bâtiments et habitations seront « intégralement connectés à un système énergétique alimenté par de l’énergie renouvelable ». De plus, l’excédent énergétique sera revendu à la ville d’Oslo et aux villes voisines. La ville se composera de routes intelligentes, sur lesquelles rouleront des véhicules électriques et autonomes (sans conducteur). Cette ville verra donc uniquement des véhicules électriques circuler, qu’ils s’agissent des transports en communs ou des vélos. Enfin, l’aéroport, qui sera à proximité, envisage de proposer des vols à bords d’avions électriques d’ici 2025.


Une fois des TIC intégrés au cœur du fonctionnement de la ville, l’Intelligence Artificielle supervisera les équipements connectés qui seront reliés à un système de « gestion centralisé dopé » contrôlant ainsi le fonctionnement des caméras, des lampadaires publics et autres équipements. Les premiers habitants de cette ville sont attendus pour 2022 et cette dernière se voudra être un réel laboratoire et exemple dans le domaine, une fois la construction achevée.

Conclusion

    La ville d’Oslo répond à tous les critères d’une smart city, allant de l’utilisation des TIC, à l’exploitation des nouvelles technologies pour établir une meilleure gestion de la ville, et mettre en place un meilleur environnement de vie pour ses citoyens. Seulement, la capitale norvégienne tend vers une transition écologique à l’aide de l’Internet des objets et notamment grâce à ces actions en termes d’éclairage public, d’usages des transports et au nouveau projet d’aéroport urbain. Innovatrice en terme d’environnement, d’urbanisme et de transports, Oslo est devenue l’une des smart cities les plus inspirantes d’Europe. La ville mise notamment sur des transports intelligents et électriques pour moins de consommation énergétique et à terme, pour faire d’Oslo, une ville sans voitures. La ville use également de l’Intelligence Artificielle pour superviser l’implémentation de l’Internet des objets dans la ville. Entre capteurs connectés, véhicules électriques et bâtiments connectés, Oslo a tout pour garder son statut de ville numérique et connectée au cœur d’un pays qui lui, voit en la connectivité, un enjeu majeur pour la transition écologique.

Sources :

https://siecledigital.fr/2019/03/23/oslo-recharge-sans-fil-taxis-electriques/   
https://www.oslo.kommune.no/english/politics-and-administration/smart-oslo/#gref
https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/2017/10/02/la-ville-durable-norvegienne-une-ville-connectee
https://smartcities2016.com/2017/11/04/top-5-des-smart-city-selon-juniper-plus-de-ville-francaise/
https://leshorizons.net/2019/03/06/oslo-capitale-verte-europe-2019/
https://www.strategie.gouv.fr/actualites/smart-cities-faut-partir-besoins-usages-citoyens
https://les-smartgrids.fr/de-lenergie-solaire-pour-le-stade-olympique-doslo/
https://vivredemain.fr/2018/03/23/oslo-airport-city-ville-intelligente-100-ecologique-verra-bientot-jour-norvege/
https://archicree.com/actualites/aerotropolis-doslo-route-vers-ville-durable-futur/
https://www.lemonde.fr/citynnovation/article/2017/11/03/la-strategie-d-oslo-pour-reduire-voire-eliminer-les-voitures-personnelles_5209915_4811669.html
https://e-rse.net/smart-cities-classement-top-5-villes-intelligentes-durables-27143/#gs.53jbfq