[FOCUS SMART CITY] “Capteurs et lampadaires connectés : quand Apollon, Dieu de la lumière se met à l’IoT”

Introduction

Dominée par l’Acropole, vestiges d’une ère où la civilisation mycénienne était à son apogée, la capitale grecque semble renaître de ses cendres, après avoir traversé une crise de 10 longues années, due à la corruption de ses politiciens. En effet, les comptes publics ont été maquillés pour satisfaire aux critères de Maastricht. Bruxelles, tel le Cyclope berné par la ruse d’Ulysse, n’a rien vu. En 2009, le nouveau Premier ministre socialiste, Georges Papandréou, ouvre la boîte de Pandore en dévoilant l’ampleur réelle des déficits. Depuis, la ville tente de sortir la tête de l’eau, à coûts de restrictions budgétaires et d’investissements chinois, comme le port du Pirée, qui a été privatisé en 2016 malgré les promesses d’Alexis Tsipras de s’opposer à la privatisation.

« Athènes a connu beaucoup de difficultés – une crise économique énorme et une crise très importante des réfugiés. Athènes a connu beaucoup de stress qu’une ville occidentale typique ne peut même pas imaginer le secteur numérique n’était pas une priorité pour le maire avant 2017. En 2017, nous avons commencé à travailler sur l’agenda numérique. » Les autorités municipales ont ainsi nommé récemment un agent numérique en chef pour coordonner l’effort, Konstantinos Hambidis, un ingénieur de 40 ans. “Je crois qu’une ville peut être interactive pour ses habitants, ses visiteurs et ses travailleurs, mais la municipalité, et en fait le pays, doit d’abord résoudre cinq à dix problèmes fondamentaux. Le principal d’entre eux est celui des services publics. Nous devons être cohérents à cet égard et créer les conditions propices à la conception de grands projets de TI afin de devenir un endroit où il fait bon vivre “, dit-il.

La municipalité d’Athènes se mobilise donc et compte bien transformer sa ville, sur le plan technologique et écologique. Ces dernières années, la ville d’Athènes s’est basée sur de précieux conseils et informations des grandes métropoles du monde entier, en particulier de New York. L’objectif est d’optimiser la technologie dont elle dispose déjà et de la rendre plus facilement accessible aux citoyens.

Une digitalisation progressive

Depuis février 2015, un outil de gestion de projet a été créé pour la municipalité, qui suit 50 projets sélectionnés en temps réel. Ce programme n’était pas destiné uniquement aux projets suivants, il visait principalement à ce que les divers services fonctionnent mieux ensemble. Avec ce projet, pour la première fois, les fonctionnaires se rendent compte qu’ils n’ont pas à avoir peur de partager le travail qu’ils font. En 2018, pour la toute première fois, les garderies ont introduit l’enregistrement électronique. « Pour nous, c’était un prototype parce qu’il était très peu coûteux, développé sur une période de trois à quatre mois, et comprenait 6 000 familles. Avant cela, ils devaient rassembler tous leurs documents et se rendre à Sepolia pour les soumettre et attendre en très longues files pour terminer le processus. Maintenant, tout cela peut être fait en ligne et en toute sécurité. Non seulement cela fait gagner du temps à des milliers de personnes – sans parler du stress -, mais cela renforce aussi la transparence ».

La ville d’Athènes offre ainsi 55 services en ligne par l’intermédiaire de son site central de services électroniques, autre service discret qui n’a pas fait l’objet d’une large publicité. Récemment, les signatures numériques sont également devenues possibles, ce qui signifie que tous les documents qui passent par la municipalité peuvent être signés numériquement par des fonctionnaires et qu’une signature manuscrite ne sera pas nécessaire. Quelques 1 500 travailleurs ont été formés dans le cadre du programme Smart City afin que tous les bureaux, jusqu’au bureau du maire inclus, puissent signer des documents électroniquement. La municipalité pourra également recevoir des documents signés numériquement par les citoyens. ” Ce projet a été réalisé avec nos propres capacités et nous en sommes très fiers. Nous arrivons enfin à la fin de l’ère de l’impression papier après papier, puis nous les passons de main en main “, dit Hambidis.

L’environnement, un des facteurs clés de la smart city athénienne

La capitale grecque est particulièrement polluée, surpeuplée et chaotique. Elle est l’une des villes les plus polluées, aux côtés de Paris, Varsovie ou encore Zagreb. Les régions avec un important trafic routier combiné au soleil sont particulièrement touchées, comme en Italie (Gênes, Milan, Parme…), en Espagne (Madrid). Aujourd’hui, il semble qu’Athènes ait l’intention d’offrir enfin à ses citoyens une source de répit, car elle est prête à accueillir le plus grand parc urbain du monde. Construit autour de l’aéroport d’Hellinikon, au sud d’Athènes, le parc métropolitain d’Hellenikon aura une superficie de 2 millions de mètres carrés et offrira à la ville l’espace vert dont elle a désespérément besoin, ainsi qu’un parc presque deux fois plus grand que le Central Park de New York, avec 2 miles de côte méditerranéenne.

Une ville prometteuse, mais soumise à de nombreuses faiblesses

Malgré ce démarrage tardif, Athènes a été nommée Capitale européenne de l’innovation 2018 le mois dernier par la Commission européenne. Athènes recevra 1 million d’euros en prix, financés par le programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne. Le concours de la Capitale européenne de l’innovation a été lancé en février 2018. Il s’adressait aux villes de plus de 100 000 habitants situées dans les États membres et les pays associés au programme «Horizon 2020». Vingt-six villes de seize pays différents y ont pris part. La sélection de la lauréate et des cinq autres finalistes a été effectuée par un jury indépendant, composé d’experts de haut niveau provenant d’administrations locales, d’universités, d’entreprises et du secteur non marchand. La ville d’Athènes a donné une place très importante à l’innovation, envisagée comme un moyen d’aider une communauté locale à changer et à s’ouvrir au monde.

Conclusion

L’exemple d’Athènes en qualité de smart city est intéressant de par les bouleversements économiques et sociétaux que cela entraîneraient. Cette transformation numérique de la ville apporterait en effet un nouveau souffle à la capitale grecque après une décennie chaotique, et boosterait les investissements étrangers. Pour l’heure, ceux-ci sont donc davantage des instruments de communication que des moyens de satisfaire des besoins de base. Les applications locales existantes ne sont pas recensées à l’échelle nationale, qu’il s’agisse par exemple du système de gestion des parkings à Athènes ou de l’optimisation des tournées de livraison par tel ou tel distributeur.

Certains projets sont cependant plus larges et ambitieux, tel celui de la transformation de l’aéroport d’Athènes Hellinikon en centre de loisirs géants. Avec ses magasins de luxe et ses casinos, 70 000 emplois devraient être créés, selon Lamda, le consortium aux capitaux grecs, chinois et émiratis, qui a emporté l’appel d’offres. D’après les estimations, ce projet devrait augmenter le PIB de 0,3 %. Le but de la manœuvre étant de regagner la confiance des Européens. Athènes s’est engagée à privatiser pour 50 milliards d’euros une partie de son patrimoine. D’ici 2030, Athènes souhaite ainsi devenir une ville réceptive, accueillante et inspirante, fière, verte et citoyenne. Elle encourage la créativité et l’innovation, en créant des prototypes d’appartenance, en faisant le pont entre l’histoire et le progrès.