[SATELLITE] L’ascension des satellites connectés, un écosystème particulièrement vulnérable

Le 18 décembre 2019 est une date historique pour les fans de la mythologie Star Wars. Le dernier volet de la saga Skywalker sortira sur les écrans français. Des millions de cinéphiles vont envahir les cinémas, attendant le dénouement tant attendu de cette série de films qui dure depuis plus de 40 ans. Cet univers intergalactique présente également des similarités avec notre monde actuel, notamment en ce qui concerne les nouvelles technologies. En effet, à l’image de l’Etoile Noire, cette station spatiale ultra-connectée et omnipotente, les innovations spatiales ne manquent pas. Prenons l’exemple des satellites. Depuis le lancement du premier satellite en 1957, le nombre de satellites en orbite n’a cessé de se multiplier. La baisse des coûts de production corrélée à l’apparition de nouveaux usages, notamment avec l’émergence de l’IoT, ont fait proliférer ces engins spatiaux. L’entreprise SpaceX, fondée par Elon Musk, entend ainsi envoyer 30 000 satellites de plus en orbite. De son côté, le CLS (Collecte Localisation Satellites) et le CNES (Centre National d’Études Spatiales) comptent envoyer 20 nano-satellites dans l’espace, répartis sur 5 plans d’orbite différents.  L’objectif ? Offrir une meilleure connectivité dans les régions dites « reculées » ne disposant pas de réseaux cellulaires, et participer au renforcement du  réseau dédié aux objets connectés.

Or, cette profusion de satellites en orbite, censée démocratiser l’accès aux nouvelles technologiques, risque de créer de réels problèmes de sécurité. Premièrement, la multiplication des satellites entraîne un encombrement de l’espace. Au-delà d’un certain seuil, le nombre de satellites en orbite rendrait tout simplement impossible l’exploration spatiale et l’envoi de nouveaux satellites. Les scientifiques appellent ce scénario le syndrome de Kessler. Dans un second temps, ces satellites produisent de la pollution radio : les ondes générées pour parvenir à connecter l’ensemble du globe risquent de gêner les radiotélescopes installés par les observatoires. De plus, ces appareils réfléchissent la lumière du soleil et sont donc visibles au télescope.  Enfin, la prolifération de satellites entraînera dans son sillage de nombreux débris spatiaux en cas d’impact. En 2009 deux satellites s’étaient percutés à une très forte vitesse si bien qu’ils avaient été pulvérisés par l’impact. Plus de 1 500 morceaux de ces satellites sont encore répertoriés en orbite aujourd’hui. Il y a aussi la question des armes anti-satellites (ASAT), ces missiles que certains États ont testé sur leurs propres dispositifs pour démontrer leurs capacités, comme l’Inde en avril dernier qui a détruit l’un de ses satellites en orbite terrestre, causant pas moins de 400 débris spatiaux.

Outre les problèmes d’encombrement de l’orbite basse, des déchets spatiaux ou encore de la pollution radio,  les risques cyber sont à prendre en considération. Il serait fort  probable que les cybercriminels décident de détourner ces astres artificiels à des fins d’espionnage ou de vol de données.  La société de sécurité informatique japonaise Trend Micro a déclaré que les satellites souffrent des mêmes vulnérabilités que les objets connectés ainsi que les systèmes de contrôle industriel. Pirater un satellite est en effet relativement aisé : la majorité d’entre eux sont de simples relais d’ondes radio. Le plus gros risque réside donc dans le brouillage ou l’écoute de leur signal. En 2015, un groupe russe baptisé Turla, avait pris le contrôle d’un satellite pour compromettre indirectement les ordinateurs de ses cibles via une parabole. En juin 2018, Symantec révélait qu’un groupe chinois avait tenté d’infecter un satellite de communications. Pour limiter le risque d’attaque, il conviendrait de mener en amont des audits sur d’éventuelles vulnérabilités des satellites et ne pas les autoriser à être lancer en orbite, préconisation soutenue par l’OTAN.  Car si aucune catastrophe majeure n’a encore été répertoriée, l’orbite terrestre va sans aucun doute devenir un théâtre de cyberguerre.