[FOCUS SMART CITY] Paris : « intelligente et durable » à l’horizon 2020 ?

C’est en tout cas l’ambition de la Mairie de Paris, placardée sur son site officiel. Cependant, la capitale ne se place pour l’instant qu’en 38e position du classement des Smart cities émergentes établi par Easy Park, une application de smart parking. Une position qui ne reflète par le potentiel de la ville lumière, qui reçoit la visite de plus de 30 millions de touristes chaque année. Malgré son statut de métropole mondiale et son attractivité pour les touristes, Paris peine à se renouveler, souvent critiquée pour son manque de propreté, de sécurité, le coût élevé de la vie et son taux élevé de pollution. À l’échelle de la France, la capitale n’est pas non plus un modèle de développement puisqu’elle n’obtient que la 23e place du classement des villes les plus dynamiques établi par Le Figaro. Le classement se concentre sur la vitalité économique de chaque métropole et prend en compte divers indicateurs socio-économiques, de la santé des entreprises au nombre d’écoles, en passant par la couverture 4G. La capitale a donc mis en place une stratégie d’envergure destinée à réaffirmer sa compétitivité et rejoindre les rangs des villes qui ont déjà passé le pas de la transition énergétique et numérique.

Le projet s’articule autour des grandes problématiques contemporaines propre aux agglomérations, telles que la transition énergétique, la mobilité durable ou encore la mutation des modes de vie des franciliens. La Mairie de Paris souhaite de ce fait « encourager la participation citoyenne » dans le cadre d’une stratégie qui s’appuie également sur « l’ouverture des données, la co-construction des projets, le soutien à l’écosystème de l’innovation et l’interconnexion des réseaux ». Ses ambitions s’alignent sur trois axes principaux : la connectivité, l’ouverture et la durabilité. Dans un premier temps, le projet cherche à augmenter la connectivité au sein de la ville, en intégrant de nouvelles technologies au tissu urbain. Miser sur une « infrastructure évolutive » permettra de maximiser le nombre de services en ligne et plateformes numériques offerts. Paris se veut également être une ville « ouverte », dont le réaménagement se réalise en collaboration avec ses habitants, usagers, acteurs économiques et agents municipaux. Enfin, le dernier pilier du projet est la durabilité, afin de s’équiper des outils nécessaires pour aborder la transition écologique. La stratégie adoptée cherche à encourager de nouvelles habitudes de consommation (telles que l’économie circulaire ou les énergies renouvelables), les innovations urbaines ainsi que l’interconnexion des réseaux et des flux de mobilité.

À Paris, le passage au vert est un effort partagé

Parmi les divers engagements promis par le « Plan Climat Air Energie » lancé en 2007, dont le but est d’éradiquer toute émission carbone d’ici 2050, la Mairie encourage les citoyens à s’impliquer dans l’implémentation des objectifs. Parmi ces derniers, on compte notamment la création d’une plateforme numérique collaborative baptisée « Madame la Maire, j’ai une idée » qui vise à engager les parisiens dans la restructuration du paysage urbain. En effet, la feuille de route mise au point par la municipalité conjugue à la fois « ouverture » et « durabilité ». À ce titre, le projet « Paris Ville Numérique », lancé en 2006, vise à maximiser les sources « d’open-data » disponibles au public dans un esprit « de transparence et d’innovation ouverte » selon le maire de l’époque, Bertrand Delanoë. A ce titre, la mairie a lancé une plateforme de partage de données numériques en 2011, qui centralise un grand nombre de jeux de données en accès libre.

Regroupant plusieurs thèmes, tels que la mobilité, l’environnement ou la culture, le site vise à faciliter l’interaction entre les divers acteurs franciliens; par exemple, il est possible de connaître en temps réel le nombre de vélos disponibles, ou encore la liste des hotspots Wi-Fi en accès libre à travers la ville. Par ailleurs, la Mairie exploite à présent une application mobile pour faciliter l’échange avec les parisiens qui souhaitent signaler toute dégradation urbaine (voiries encombrées, éclairages défectueux…) et ainsi accélérer leur prise en charge. Le plan climat planche également sur les domaines de la mobilité et les réseaux de transports, l’habitat, l’urbanisme ou encore la gestion des ressources et des déchets. En effet, un sondage effectué par BVA plus tôt cette année place la propreté de la ville en tête des préoccupations des parisiens, qui soulignent notamment le retour des rats dans les parcs et le nombre de chantiers grandissants qui affecte l’attractivité de la ville, ordinairement connue pour ses paysages romanesques.

Le Grand Paris : quand le métro parisien se refait une beauté

Avec ses 21 067 habitants par km², Paris est la 7ème ville la plus densément peuplée au monde ; un chiffre révélateur de la problématique posée par la gestion des millions d’allées et venues effectuées chaque jour dans la capitale française. Face à cette multiplication des flux urbains, il est primordial d’optimiser les trajets des usagers de telle sorte que tout aléa qui immobiliserait la circulation soit évité. À ce titre, le « Grand Paris », projet phare de la restructuration de Paris vers la Smart city, prévoit de fluidifier le trafic urbain et réduire la pollution et les embouteillages en rallongeant le réseau ferroviaire de 200 km de long – l’équivalent de l’étendue actuelle des chemins de fer. Le Grand Paris prévoit l’ouverture de quatre lignes de métro supplémentaires (15, 16, 17, 18) desservant les territoires préalablement difficiles d’accès, ainsi que le prolongement de la ligne 14 au nord et au sud pour y rattacher, entres autres, l’aéroport d’Orly. Au total, ce sont 68 nouvelles stations qui verront le jour d’ici 2024, permettant à la fois de faciliter l’accès ainsi que les déplacements au sein de la petite couronne, et de mieux relier la capitale aux banlieues qui la jouxtent.

Les trains devraient par ailleurs atteindre les 120 km/h, de quoi diviser le temps de trajet de manière significative : par exemple, relier Issy à Cachan ne prendrait plus 46 minutes mais 9 ! Fort de 35 milliards d’euros d’investissements, ce « super métro » devrait également s’accompagner d’autres transports autonomes et partagés, comme les navettes qui sont actuellement testées à La Défense et Vincennes ou encore l’expérimentation étonnante de taxis volants sur l’eau. La RATP a par ailleurs tout juste lancé un incubateur de startups dédiées à la smart city, afin d’employer les innovations technologiques (Big Data, intelligence artificielle, véhicules autonomes, IoT) au service du réseau urbain. Six startups seront sélectionnées en fonction de leur aptitude sur deux thématiques : l’expérience client et la qualité de l’air au sein du réseau ferroviaire. La RATP ne délaisse pas son réseau de surface, qui se dotera de technologies facilitant l’accès aux transports ainsi que la géolocalisation des véhicules. L’agence mise également sur la digitalisation des métiers ferroviaires, l’expérience collaborateur et l’intelligence artificielle.

La municipalité mise sur le très haut débit pour favoriser les échanges

Le développement urbain s’accompagne également du développement numérique: lancé en 2013, un projet prévoit le déploiement d’infrastructures de très haut débit (THD) qui devraient connecter l’intégralité du territoire d’ici 2022. Le journal Le Parisien souligne le fait que « dans quelques années, on pourra travailler partout ou presque », appuyés par les dires de Fouad Awad, directeur de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France : « dès 2025, 21 % des actifs franciliens seront en télétravail » grâce à l’aménagement de nombreux espaces de co-working et au déploiement du Wi-Fi. En effet, une des composantes essentielles du projet consiste à encourager les échanges entre franciliens.

À ce titre, la Tour Montparnasse sera sujette à une remise à neuf d’envergure, le but étant de restructurer le monument emblématique en y intégrant « des objectifs d’usage, de confort et de performance énergétique » et y insuffler un vent de fraîcheur. La tour hébergera dès 2024 hôtels, bureaux, cafés et restaurants afin de lui rendre son attractivité et en faire un lieu d’échange. Elle ne sera pas seule à bénéficier d’un dépoussiérage, puisqu’il est prévu que d’autres infrastructures « eco-friendly » s’intègrent au tissu urbain : on note l’émergence d’immeubles à énergies positives, de murs et toitures végétalisés, ou encore l’élargissement des espaces piétons des voiries très fréquentées telles que la place de la République ou celle de la Bastille afin de favoriser l’utilisation de vélos et trottinettes. Ces divers engagements permettent donc de répondre à la problématique clé posée par la smart city, qui ne devrait pas exister qu’à travers l’exploitation de nouvelles technologies mais au contraire conserver l’élément « humain » au cœur des transformations urbaines.

Un accueil mitigé ?

Si la Mairie de Paris se targue de ses ambitions innovantes et disruptives, celles-ci ne font parfois pas l’unanimité. En effet, les idées d’Anne Hidalgo, la Maire actuelle, lui ont valu le surnom de « Reine des Bobos » par ses détracteurs suite à plusieurs décisions controversées telles que la piétonisation des berges ou la circulation alternée. Presque au terme de son mandat, le bilan de la Maire se profile en demi-teinte puisque sa politique est accusée d’avoir renforcé le sectarisme, les embouteillages et d’avoir exacerbé la problématique de l’accueil des migrants. Paris a en outre du mal à rester attractive aux yeux de ses habitants, puisque 12 000 d’entre eux la quittent chaque année. Si la côte de popularité de la maire a baissé auprès de ses partisans de gauche entre 2015 et 2019 (de 67% d’opinions favorables à 32%), Hidalgo reste toutefois en tête des sondages à l’aube des élections municipales imminentes. Reste à voir ce que celles-ci nous réservent.